Mercredi 22 octobre 2008 3 22 /10 /Oct /2008 20:57
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Samedi 18 octobre 2008 6 18 /10 /Oct /2008 14:35
    Un wagon vide. Assis à côté d'une fenêtre. L'esprit vide. Une secousse se répercute jusque dans le siège usé jusqu'à l'ossature métallique. Le quai défile, les maisons défilent, les villes défilent, et le temps passe. Un soleil, éblouissant au dehors, se heurte faiblement à la vitre crasseuse. Il baigne dans un étang bleu. Le quai, les maisons, les villes baignent dans cet azur océanique. Mon regard s'y noie.
    Il n'y a aucun intérêt, aucune raison de regarder le ciel le jour, lorsqu'il est bleu. C'est comme essayer de regarder au delà de ses paupières, la nuit, les yeux fermés. C'est un rien uniforme, infini. On peut déchaîner tout notre intellect à déceler un détail, une aberration, on n'y trouvera que des avions traçant de longues droites qui s'évanouissent, des nuages esseulés, égarés par un orage, la veille. Un ciel bleu, un piège pour la raison. Je passe plusieurs stations, les yeux levés vers lui. Si lumineux. Mon front brûle, mon crâne est martelé par les rayons solaires. Mes yeux plissés, fixes et déterminés observent Rien.
    Parce qu'en vérité, après de longues minutes, la réponse s'impose. Il n'y a effectivement aucun intérêt, aucune raison de regarder le ciel le jour, lorsqu'il est bleu. Mais c'est comme de regarder au delà de ses paupières une seconde avant de s'endormir. Cet instant précis qu'on n'arrive jamais à saisir, où la conscience s'estompe sans nous. Cet instant où le rêve s'éveille. Contempler le ciel, c'est ne rien regarder et tout y voir. C'est une toile vierge sans détail ni aspérité pour y peindre la conscience dans toute sa plénitude. C'est une mer où le rêve est libre de se superposer à nos pensées. Plonger dans ce ciel limpide, c'est l'occasion de vivre indéfiniment cette seconde imperceptible où l'on rêve éveillé.

    Elle avait les yeux verts, les plus magnifiques qui soient, des yeux de Sirène, deux grands ciels inversés qu'il suffisait de contempler pour plonger, et perdre toute notion de mesure. La raison n'y avait aucune légitimité et le temps s'y stoppait par respect. Elle rayonnait. Ses grands yeux verts luisaient de cet éclat bleuté, de cette couleur du rêve, céleste.

    Le train, dans un vacarme d'Enfer, s'engouffre dans une gare souterraine. Les hauts murs masquent enfin le ciel, et la noirceur humaine reprend ses droits. Les villes ont défilé, les maisons ont défilé, le quai aura bientôt fini de défiler sous mon regard triste. Le temps ne fait que passer.
Par Manj - Publié dans : Réflexions - Communauté : Au fil des mots
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Jeudi 6 décembre 2007 4 06 /12 /Déc /2007 19:27
    Mon visage était jadis plein de vie. Je me trouvais, bienheureux, dans la confortable insouciance de la jeunesse. Mais voila que je me fâne, je perds ma teinte et des rides sinueuses lacèrent inexorablement ma peau.
    Je n'ai jamais été qu'un arbre.

    On voyait en moi le phare des voyageurs, un guide infaillible dans la nuit étoilée. La nuit on louait mon aide, le jour les poètes vantaient ma clarté dans de magnifiques et éternels recueils. Seulement le temps passait et la flamme de mon coeur n'a plus eu que l'amertume à consumer. Depuis j'erre dans les ténèbres, noyé dans le silence humain.
    Je n'ai jamais été qu'un astre.

    J'avais pour fierté la finesse de ma création : les connaissances les plus pointues avaient été rassemblées, et leur synergie m'avait engendrée. L'esprit humain s'était lové dans le but qui m'animait et seule l'étincelle de la folie manquait à l'embrasement de mon accomplissement. Mais ce jour-là, ce furent les corps par milliers, les frères de mes pères, qui tombèrent inertes sous ma passion.
    Je n'ai jamais été qu'une arme.

    L'oeil génial de l'Homme a découvert la contemplation, et pour échapper à la folie par trop de mélancolie, je suis né. Quand on avait observé, il fallait justifier la création. Peu à peu j'étais devenu un idéal auquel tendait chaque esprit, l'élite de l'humanité. Et puis mon nom fut salit, traîné dans l'infâme boue des normes abaissées, pétrit dans la facilité. Je devais être à la portée de tous.
    Je n'ai jamais été que l'Art.

    Toute question m'anime,
J'anime le questionnement humain.
Serai-je toujours Âme ?
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 14:46
    [...] Ensuite, tout ne fut qu'une lumière blanche. Le silence, et la lumière blanche.

    John ouvrit les yeux. Ou plutôt, il eu conscience de les ouvrir, mais ne vit rien. Une toile grossière, rugueuse et nauséabonde lui couvrait le visage. Dans sa bouche, un goût désagréable, celui du sang, de son propre sang. Et d'ailleurs il pouvait sentir le liquide vital couler de son front, noyer son oeil et ruisseler jusque sur ses lèvres. Il raidit ensuite ses bras, tentant de se défaire de la cagoule ensanglantée, mais des liens le retinrent à ce qui semblait être une chaise. Il y avait beaucoup d'agitation autour de lui, des gens couraient, braillaient des ersatz d'ordres militaires. Un son plus sourd se rapprocha de lui, un bruit de pas, presque étouffé dans la masse cacophonique, et pourtant bien plus déterminé. John supposa qu'il s'agissait d'un homme, à la carrure imposante. Sa tête fut soudent happée par deux énormes mains, et l'instant suivant, une lumière rougeâtre vint frapper ses yeux, ranimant la vive douleur de son front.
"Ce n''est pas lui."

    John plissa les yeux, plusieurs fois, jusqu'à se rendre compte que son oeil droit avait du être abîmé par le coup, ou tout simplement le sang séché l'aveuglait : il distinguait en tout cas très mal l'homme. Ce dernier sortit une pièce de tissu blanc, et essuya sans ménagement le visage de John.
"Qui êtes-vous ?"

    John reconnut alors son bourreau de fortune : un vieil homme, probablement la soixantaine, des cheveux blanc, très sales mais qui affichaient encore les vestiges d'une coupe soignée, de petites lunettes rondes, et derrière, de grand yeux noirs, déroutants, et qui fixaient à présent John avec une insistance agacée. Le directeur du Musée. John l'avait déjà vu plusieurs fois, lors de conférences, et bien longtemps avant, il avait suivit quelques cours du professeur... Stirn.
"Monsieur Stirn ? murmura-t-il"

    Ses mots furent ponctués d'un violent coup à la mâchoire.
"Répondez, qui êtes-vous ?
- Officier John, en service depuis deux jours sur la Grand Place. Je...
- Où est l'officier Harry ?
- Harry est... Probablement mort, à l'heure actuelle...

    Un second coup vint meurtrir un peu plus son visage. Visiblement, il s'était retrouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Le professeur Stirn se retourna, marcha de long en large devant John. La salle était immense, une sorte de hangar en brique. Le plafond, haut d'à peine plus de deux mètres, était soutenu à divers endroit par des poutres en bois, particulièrement archaïques. La lumière rouge, jaune par endroit, conférait aux miliciens des visages effrayants : là un automate, comptant les balles et rangeant les chargeurs mécaniquement, ici un milicien, fusil à la main, les yeux exorbités. Là encore, un homme à terre, allongé, serrant contre son ventre un linge baigné de sang, le visage affolé.
    Curieusement, ils n'était peut être qu'une vingtaine, et tous étaient relativement silencieux. Le raffut militaire venait plutôt du plafond. Quelque chose défilait juste au dessus d'eux. John fixait intensément le plafond, il essayait de ramener à sa conscience où il avait bien pu entendre ce son typique, cette marche cadencée... Ça ne pouvait être que le Quartier Général, mais pas seulement.
"Quatrième armée, troisième bataillon des forces de suppression de la vie civile. Effrayant n'est-ce pas ? ironisa Stirn, un rictus angoissé aux lèvres.
- Tout dépend de pourquoi ils sont là... et d'où nous sommes.
- Vous êtes sous les fondations du Musée des Arts et Tortures, dans ce qui était utilisé il y a encore quelques semaines comme la réserve du musée."

    Le sang de John se glaça. Les jeux d'ombres dans le fond de la salle avaient effectivement laissé planer un doute quant à d'étranges objets, partiellement dissimulés. John se souvint. L'horreur le saisit, à mesure que lui revenaient les bribes de discours de Stirn, dans les vieux jours. Stirn n'était pas qu'un professeur, et le responsable d'un musée. Il avait occupé quelques années plus tôt le poste de Ministre de l'Esprit Patriotique. Sous son mandat, on avait rapporté d'étranges disparitions au sein de son personnel. Un jour, on avait découvert dans les sous-sols du ministère des salles remplies de corps humains, torturés. Apparemment, d'après quelques dossiers scientifiques trouvés sur place, des expériences sur le comportement du citoyen avaient été menées. On n'avait jamais pu prouver l'implication directe de Stirn, mais pour éviter la déportation par les Autorités, il s'était retiré du gouvernement.
    John distingua dans le fond quelques unes des machines employées dans les sous-sols du ministère. Il avait pu en voir à l'époque dans les journaux. Il reconnut au passage un instrument effroyable, qui lui rappela la silhouette aperçut avant d'être enlevé. La nausée lui vint. Stirn suivit son regard et observa lui aussi les maudits instruments. Un air nostalgique adoucit son visage.
"Ah... La belle époque. John c'est ça ? Vous travaillez pour les Autorités depuis longtemps, John ? Vous avez du entendre parler de mon passage au ministère...
- Ordure...
- Savez-vous seulement ce que nous avons accompli ? Les plus grand progrès jamais imaginés, des avancées formidables en matière de comportement humain. Devinez ce que nous avons découvert dans ces sous-sols ?
- Aucune idée. Le bataillon de suppression finira bien par vous trouver, ils tournent sur la Place depuis suffisamment longtemps et ils ne supportent pas la perte d'un agent. Ils seront bientôt là.
- Bien sûr, bien sûr.
- On aurait du vous exécuter dès le début.
- Du temps perdu, Officier John, de vains efforts. J'aurai pu mourir il y a neuf ans, je peux mourir maintenant, le bien est fait ! Avez-vous seulement idée de la raison pour laquelle les Autorités peuvent mobiliser un bataillon entier ?
- Peut être pour les quelques deux milles morts dans vos sous-sols ?
- Croyez-vous vraiment que dans un Etat qui pratique la déportation pour le moindre délit, on soit offensé d'une poignée d'innocents sacrifiés pour la science ?
- Espèce de monstre !
- Allons allons... Pendant ces années passées à la direction du ministère, j'ai consacré mon temps à la recherche de la clé... comment dresser notre peuple, le rendre docile, discipliné... Les Autorités avaient déjà mis en place leur politique de terreur, mais ça ne suffisait pas, il y avait toujours des factions résistantes. C'est là que mon petit Musée a permis de progresser... Si vous saviez ce que nous avons pu produire, simplement en occultant un instant quelques valeurs morales. La vérité, c'est que les Autorités sont effrayées, elles ne pensent pas pouvoir maîtriser une telle emprise sur l'âme humaine à une si grande échelle. Et ils ont raison. Dommage, nous avions réussi à élaborer une méthode de "conditionnement patriotique" efficace à cent pour cents..."

    Stirn se tut un instant, le regard plongé dans le vague. Le martèlement martial redoublait d'intensité au dessus d'eux et le plafond semblait plus branlant que jamais. Stirn sembla en prendre conscience, et reprit soudain, fixant John avec cette lueur angoissée au fond des yeux.
"Nous sommes plus pressés que je ne l'avais prévu. John, savez-vous si Harry a pu survivre ?
- Que vient faire Harry dans votre plan exactement ? De toute façon, il a été exécuté, ça me semble indéniable...
- Voyez-vous, les Autorités veulent me supprimer, supprimer mon oeuvre, supprimer mon passage dans cet Etat. Harry était un de mes collaborateurs, il y a bien longtemps. Ça a été un plaisir de le retrouver, il y a quelques mois, en train de patrouiller devant mon Musée. De fil en aiguille, les liens se sont tissés à nouveau, je l'ai ensuite formé, à ma Science... Ma mort était inévitable, mais il devait poursuivre mon oeuvre. Seulement il n'est jamais venu au point de rencontre... Et j'imagine qu'il est trop tard pour tenter de vous convaincre maintenant. D'ailleurs..."

    Le vacarme avait cessé. Un cours moment, on entendit plus que les gémissements de l'homme blessé. Tous fixaient le plafond, chacun s'agrippant le plus possible à son arme. Stirn sortit de sa veste un revolver, et observa une dernière fois la zone obscure du hangar. Il arma son pistolet, et tourna les yeux vers John.
"J'imagine que nos chances sont nulles face au bataillon ? demanda-t-il, un désespoir pathétique teintant maintenant sa voix.
- Effectivement, lâcha John, impassible.
- Eh bien John... si seulement, avec plus de temps..."

    Il y eut un sifflement suraigu, puis le plafond s'écroula sur les instruments de torture. Un nuage de poussière assaillit d'abord les miliciens de Stirn, puis une dizaine de silhouettes noires, fugaces, insaisissables jaillirent de la brèche. Stirn poussa un cri, brandit son arme et tira, suivit par les miliciens. Le feu fit rage une minute, puis, les armes déchargées, le silence retomba. Quelques hommes de main de Stirn lâchèrent leurs armes, gémissant d'angoisse à la vue des silhouettes qui s'avançaient toujours. Puis des coups de feu étouffés retentirent, brefs, précis, et les miliciens tombèrent. Un dernier tir, et Stirn s'effondra. John avait regardé les miliciens fauchés un à un, et s'apprêtait à être secouru par ses pairs. Les silhouettes entrèrent dans son champs de vision et entamèrent le nettoyage du combat. John les interpella, sans succès.
"Officier de patrouille John, Secteur de la Grande Place ?

    La voix retentit haut et fort, sévèrement accentuée. Un chef militaire, à coup sûr. En effet, un instant plus tard, le Ministre des Armées, accompagné du Ministre de l'Esprit Patriotique se placèrent face à John.
"Officier, salua le Ministre des Armées
- Général...
- Sacrée soirée, hein ? lança le haut gradé, faussement désinvolte.
- Si vos soldats ne m'ont pas encore détaché, j'imagine que tout s'arrête là pour moi aussi, dit John, stoïque.
- Officier, inutile de vous rappeler la mission des Autorités. Nous devons préserver une certaine cohésion dans notre politique. La terreur tient la population pieds et poings liés. On ne peut pas laisser passer le moindre détail qui risquerait de pousser la situation à l'extrême. Stirn vous a expliqué ? Vous n'imaginez pas les dégâts que provoquerait une population abandonnée à la terreur la plus extrême.
- Je comprends mieux pourquoi Harry a été mis de côté.
- On ne peut rien laisser passer. Dites-vous que vous mourrez en héros. Croyez-moi, la nation vous devra beaucoup, vraiment beaucoup. Votre mort sera exploitée par les Autorités, mais songez un peu au prestige : funérailles nationales, décoration posthume, des honneurs sans fin... Courage, officier, et adieu.

    Le Ministre des Armées salua John avec toute la dignité militaire que peut témoigner un Général en Chef, puis claqua les talons et s'éloigna. Le Ministre de l'Esprit Patriotique, silencieux, fit demi tour également. Il sortit ensuite son arme, la pointa contre le crâne de l'officier, et sans la moindre émotion, fit de John le nouveau héros national.
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 12:11
    [...] Dès lors, les patrouilles nocturnes ne furent plus consacrées à sa réflexion sur les vieux jours. Non, désormais, la peur l'obsédait lui aussi, et chaque soir il frappait le sol avec un peu plus de vigueur. John était comme l'enfant qui broie dans l'oeuf la progéniture de l'oiseau un peu trop agressif. L'oiseau qui un jour mordit l'enfant trop audacieux.

    Un jour, John fut transféré à la surveillance de la "Grande Place". Cette esplanade était en fait la brèche opérée par le Gouvernement dans le quartier des artistes. Le site était calme, personne n'osait sortir, et en tout cas les quelques audacieux du village n'avait pas la témérité d'aller s'aventurer là. Pourtant on rapportait quelques éléments suspects, de ceux que John avait préféré cacher aux Autorités : un raclement de pierre suspect, quelques fois des éléments de la Place qui semblaient s'être déplacés. Quand les agents parlaient "d'enchantements", de "maléfices" ou encore de "vengeance des innocents", le Quartier Général, après avoir purgé ses rangs des soldats compatissants, préférait employer le terme de "conspiration habile à démanteler".
    John remplaçait donc un officier particulièrement patriotique, mais qui avait eu la maladresse de refuser ses missions de patrouilles, invoquant les superstitions massivement répandues et partagées dans la caserne. Deux jours plus tard, l'officier Harry était invité à prendre quelques jours de repos, avec la bienveillante approbation des Autorités. Le vieux soldat avait plié bagages, la peur littéralement sculptée dans ses traits, le visage tordu dans une grimace d'agonie anticipée. Après son départ, John avait été promu, et il ne put se retenir d'éprouver un arrière goût de fierté.

    Mais ce soir là, il n'étais plus du tout fier. La Place méritait sa réputation lugubre. John n'avait pas assisté à la "suppression" du quartier, mais le résultat était écoeurant : une surface plane, immense, où reposait autrefois les fondations de dizaines d'habitations, dont un Musée, le dernier musée. Au sol, comme pour voiler le massacre dans la désinvolture, une bâche, étendue sur toute la Grande Place. John n'avait aucune idée de ce qu'étaient devenus les habitants, mais chaque pas, instable, faisait remonter en lui des visions de membres piétinés, il imaginait parfaitement les corps, laissés à l'abandon sous l'Esplanade après l'opération. Un léger vent s'était levé, et bien que la bâche fût solidement tendue au sol, le souffle ne manquait pas de générer çà et là des remous de plastique. John était terrifié.
    Il alluma sa lampe, éclaira son chemin en chassant de son esprit les visions morbides, et se dirigea aussi vite que possible vers le centre de la Place. Là se trouvait une estrade de pierre. John posa le pied dessus, triomphant, se délectant du claquement de son talon métallique sur la dalle de marbre. Savourante sécurité. Au centre de l'estrade, un brasero, installé à la disposition des agents en service dans ce périmètre. John profita longuement de cette chaleur enveloppante, et à mesure que les flammes rendaient leur vigueur à ses doigts, il oublia tout à propos de ce qui pouvait bien se trouver sous la bâche. Il allait continuer sa patrouille lorsque à l'extrémité de la Place, près d'un second brasero, il crut apercevoir une silhouette. Un frisson d'horreur raidit son corps, lorsqu'il décompta plus d'une paire de bras à la silhouette. Il cligna des yeux, et puis plus rien. John resta tétanisé un instant qui sembla une éternité. Puis, frénétiquement, il s'agrippa à tâtons à son arme. Il avança vers le second brasero, torche et fusil pointés là où se tenait la silhouette quelques minutes plus tôt.
    John faisait le vide dans son esprit, il restait concentré sur sa mission : patrouiller; Il allait identifier la silhouette, et l'appréhender, la supprimer si les circonstances l'obligeaient. Il marchait en ligne droite, faisant abstraction du chemin parcouru, des pierres qui crissaient sous ses bottes, ou peut être étaient-ce encore les corps qu'il écrasait ? Il continuait d'avancer. Finalement, il martela de son pas précipité la seconde estrade, et se rapprocha du second brasero. Rien. y avait-il seulement eu quelque chose ? Au moment même où John rangeait son arme, le mystérieux et récurrent râclement retentit encore, mais cette fois juste derrière lui. John lâcha son arme, n'eut que le temps de se retourner, avant de recevoir un formidable coup à la tête.
    Ensuite, tout ne fut qu'une lumière blanche. Le silence, et la lumière blanche.
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Dimanche 2 décembre 2007 7 02 /12 /Déc /2007 16:47
    [...] Quand ? Quand avait-il franchi la limite qui avait fait de lui un pion hideux du grand jeu de la peur ? Quand avait-il perdu cette étincelle qui animait si passionnément son intellect ? Il ne voyait qu'une réponse : tout s'était joué le jour où il avait cessé de croire. Et ce jour-là, tout le monde avait suivi le mouvement.

    John remonta la rue, assourdi par la terreur qu'il frappe de ses talons. Il y avait eu des rumeurs ces temps-ci, à propos d'éventuels mouvements intellectuels, révolutionnaires, ou en tout cas très contestataires... On ne faisait plus la différence après tout. Les pauvres bougres... Sur une dénonciation anonyme, le Quartier Général avait ordonné la suppression du pâté de maison, où, supposait-on, étaient localisés les individus. Suppression. De nuit, sans sommation. Ce fut un effroyable orage de bottes, de chenilles métalliques, de moteurs. Et le lendemain, le village découvrait sa cité amputée du quartier des artistes. Le dernier musée de France avait disparu également.
    Depuis, John patrouille seul. Plus de menace, plus de tensions ni de répression. Il n'avait qu'à marcher la nuit, une heure ou deux, pour répandre son flot d'angoisse. Et la population se tenait tranquille. Quelque part, John appréciait. Facilité. Efficacité. Sécurité. Il n'approuvait pas le gouvernement, il regrettait les vieux jours. Mais son travail était devenu plus simple.
    Bruit suspect sur la gauche.
"Qui va là ? Couvre-feu en vigueur depuis trois heures. Montrez-vous !"

    Aucun signe de vie. Pourtant le raclement sur la pierre avait bien retenti quelques secondes. John sortit son arme et à mesure que le silence retombait, il sentit l'adrénaline, cette vieille amie, parcourir tous son corps. Il se cambra dans une position dynamique, avançant lentement. Chaque muscle tendu, prêt à bondir, il se déplaça prudemment, arme brandie vers la ruelle. Il longea le mur de briques, il pouvait presque discerner les aspérités rougeâtres de la paroi tant il était concentré. Et soudain, furtivement, il plongea dans l'étroit passage, braqua tour à tour un arbrisseau, une benne à ordure et le porche d'une maison. Rien qui n'ait pu être source de ce raclement. John se releva, épongea la sueur de ses tempes avec sa main. La sécurité n'était plus qu'un lointain souvenir. Il retourna dans l'avenue, et rangea son arme de service. Plusieurs questions se posaient maintenant. Devrait-il faire un rapport précis de l'incident ? S'il faisait ça, ce serait probablement un nouveau quartier qui serait rasé : le Quartier Général n'attendait rien de plus qu'un agent menacé, et un rapport pouvait être interprété de tellement de façons... Non, il se tairait.
    En revanche, pendant la fin de sa patrouille, malgré le silence glacé, fidèle chaque soir, John ne put s'empêcher de garder une main posée sur la crosse de son arme, et les sueurs froides, ruisselant dans son dos, ne cessèrent qu'une fois revenu à la caserne.
   Dès lors, les patrouilles nocturnes ne furent plus consacrées à sa réflexion sur les vieux jours. Non, désormais, la peur l'obsédait lui aussi, et chaque soir il frappait le sol avec un peu plus de vigueur. John était comme l'enfant qui broie dans l'oeuf la progéniture de l'oiseau un peu trop agressif. L'oiseau qui un jour mordit l'enfant trop audacieux.




Voila, il y aura encore une suite, je pense, j'ai une petite idée pour poursuivre =)
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Samedi 1 décembre 2007 6 01 /12 /Déc /2007 18:03
 Noé


    La fenêtre arborait constamment ces deux marques ovales, graisseuses, presque obscènes. Situées sur le battant gauche, un peu en haut, elles étaient la signature d'une névrose grandissante.


    Noé, dix-neuf ans, se tenait là chaque après-midi, les jumelles à la main, l'oeil avide. Il guettait. Chaque jour de la semaine, à six heures, une jeune femme sortait du petit manoir en face de chez lui, montait dans sa voiture et disparaissait de la portion de rue visible depuis sa fenêtre. La demeure abritait une entreprise aux activités assez mystérieuses. La jeune femme s'appelait Émilie, elle avait vingt-neuf ans et travaillait chez Dustin & Cie depuis déjà quelques années. Noé l'avait croisée un soir, en rentrant du lycée. Dès lors il avait coordonné ses déplacements, ses allées et venues en fonction de l'emploi du temps d'Émilie. Avec l'insouciance de son âge, Noé s'était plongé dans une torpeur dont les tentacules l'enlaçaient plus amèrement de jour en jour. Ses plus proches amis s'inquiétaient, murmuraient les conseils à mettre en oeuvre et laissaient échapper les hypothèses les plus sombres sur son état. Leurs regards angoissés et leurs mines crispées s'effaçaient pour un sourire chaleureux et chacun témoignait sa présence sans condition à Noé. Les autres, les connaissances, avaient tout simplement pris pour habitude d'éviter leur camarade comme s'il eût été l'incarnation vivace du mauvais sort.

    Noé s'était peu à peu retranché chez lui. Il fréquentait le lycée juste assez pour ne pas attirer l'attention de l'administration. Sa seule visite régulière et presque quotidienne était sa meilleure amie. Claire, son aînée d'un an tout juste, prenait la situation avec amusement. Chaque jour, elle passait saluer Noé, l'observait observer avec intérêt. Lui était concentré, mais il ne manquait pas de signaler à son amie qu'elle n'était pas obligée d'arborer ce rictus de réflexion profonde avec tant de fierté.

    Claire aimait étudier ses proches. Elle les fixait, les analysait, elle savait tout d'eux d'un simple regard. Noé lui faisait souvent remarquer qu'elle interprétait abusivement les détails anodins :

"Tu ne sais rien, tu ne connais pas si bien les gens, tu es juste timide, disait-il, les yeux toujours rivés sur la porte du manoir.
- Je te trouve bien aigri ces temps-ci... Tu devrais peut être aller lui parler à ton Émilie, ça te dériderait, gloussait-elle immanquablement. Et puis, si vraiment je ne sais rien, comment expliques-tu que les gens soient véritablement bluffés chaque fois que je les devine ?
- Mais tout simplement parce que les gens ne veulent pas que tu les inventes, que tu malaxes leur personnalité pour que leur comportement te paraisse plus acceptable.
- Les gens aiment s'inventer eux-mêmes, devisait-elle, mais ils ne supportent pas que quelqu'un d'autre le fasse à leur place et ce d'une façon beaucoup plus objective.
- Je crois surtout qu'ils ne te supportent pas toi. Et puis tais-toi, elle arrive."

    De l'autre côté de la rue, Émilie sortait, Noé s'extasiait et Claire ajoutait qu'elle avait encore oublié ses lunettes.

"Tu ne vois rien d'ici... tu sais quoi, j'ai une paire de jumelles chez moi. Ça te plairait ?
- Bien sûr, avait-il répondu, laissant paraître plus d'intérêt qu'il ne le souhaitait. Tu crois que ça m'amuse de me contenter de ça...
- Génial, on va faire un marché alors. Tu me promets d'aller lui parler, et je t'offre les jumelles.

    Et ainsi, Noé s'était laissé prendre à un jeu dont les règles lui échappaient totalement. "Le prix à payer pour la voir vraiment" pensait-il. Pendant deux semaines il avait pu nourrir son esprit de détails : les yeux d'Émilie, d'un noir intense, son petit haussement d'épaules, mélange de fatigue et de soulagement chaque fois qu'elle sortait du manoir, ses cheveux qui glissaient sur sa nuque, son dos... Cependant Claire n'était pas du genre à oublier une promesse, surtout pas celles qu'on lui faisait, et elle insista tant pour que Noé tienne la sienne qu'il arrêta de lui ouvrir la porte, puis de répondre à ses appels... Pour un temps. Bien vite, il se rendit compte de son isolement, de la déchéance de sa situation, et de sa relation avec Claire qui avait pour le moins dépérie.

    Il mit Émilie autant que possible de côté dans son esprit et chercha la solution au problème. Aller la voir : il savait où et quand la trouver. Mais Noé n'avait aucune idée de la façon de s'y prendre pour avoir une chance d'intéresser une femme bien plus âgée que lui. Il appela donc son amie pour la persuader de passer chez lui. Après étalage de toute la fausse bonne foi du monde et de quelques promesses d'amitié qui ne laissèrent pas Claire insensible, elle accepta de revenir. Une demie-heure plus tard, son amie sonnait à la porte :

"Salut Claire... Il faut que tu m'aides."

    Ils montèrent dans la chambre de Noé. Après quelques éclaircissements de voix gênés et quand Noé ne supporta plus le regard agacé de Claire, il répéta :

"Claire, j'ai vraiment besoin de toi.
- Bien sur, et ensuite tu m'enverras chier avec ta bénédiction ?
- Écoute, je suis désolé, j'aurai du t'écouter plus tôt. Mais ça va maintenant, tu ne vas pas me faire la gueule pour ça ?
- Pardon ? Tu m'as ignorée, humiliée, et pire que tout, tu m'as fait passer pour celle qui a tort, avant de te replier sur mes précieux conseils ! hurla-t-elle.
- Non mais tu les as écoutés tes précieux conseils ? Qu'est-ce que tu voulais que je fasse avec ?"

    Noé s'était levé, indigné. Les raisons de son regain d'affection envers son amie venaient de s'envoler et laissaient place à une colère enfin libérée. Claire poursuivit son réquisitoire :

"Et puis c'est quoi ton problème, il y a suffisamment de nanas au lycée et toi tu t'enfermes pour en apercevoir une beaucoup trop vieille pour toi !
- Bien sur, des filles aussi agréables que toi ? Merci bien ! argua-t-il.
- Tu veux que je te dise, tu es tout simplement frustré, tu sais bien que tu te plantes quoi que tu fasses, alors tu te fixes des buts délirants, soupira-t-elle.
- Arrête avec ta psychologie, ça t'arrange tant que ça ? Tu veux pas regarder un peu la vérité en face ? C'est toi qui est ratée, c'est tout !"

    Noé sentit qu'il était allé trop loin. Il fixait Claire. Elle n'étais jamais triste, et pourtant des larmes ruisselaient sur les joues de son amie. Elle avait des yeux bleus, grands et charmants. Quoi qu'elle ait pu dire, rien ne toucha plus Noé que son regard triste, anéanti. Il fit un pas vers elle, bienveillant, autant que possible dans cette pièce aux relents de furie. Comme elle ne réagissait pas, il l'enlaça. Elle serra ses bras autour du cou de Noé, et les deux amis restèrent figés ainsi, Claire étouffant un sanglot de temps à autre en l'étreignant davantage.

    De l'autre côté de la rue, la fenêtre arbore deux marques ovales, graisseuses, presque obscènes. Invisibles, masquées, dissimulées. Émilie observe entre les deux lamelles d'un store pourpre, imperceptiblement entrouvert pour assouvir une passion dévorante. La jeune femme scrute la maison d'en face. Le garçon n'a pas non plus passé une journée sans fixer la porte du manoir. Aujourd'hui son amie est là aussi. Et Émilie ne perd rien du spectacle. Depuis qu'elle a croisée les deux amis dans la rue, depuis qu'elle a senti ce regard doux, couleur de l'océan, elle ne pense qu'à Claire. Émilie avait été engagée pour travailler au manoir, avec la compagnie Dustin, prétexte pour surveiller la rue où passait Claire chaque matin et chaque soir. Et puis Claire avait passé de plus en plus de temps chez Noé, exauçant les souhaits d'Émilie qui voyait parfaitement dans la chambre du garçon depuis son bureau. "Demain j'irai lui parler, quand elle sortira de chez ce type. Oui, demain c'est bien." Émilie attrape les jumelles sur la petite table de chevet, et contemple encore une fois les yeux de Claire, ce bleu qui ne quitte plus son esprit que quand elle plonge son regard dedans.






 Voila une petite nouvelle écrite pour un concours. J'envisage de retirer tout le milieu pour en faire un dialogue entre Noé et Claire, et y aborder à ce moment là quelques thèmes philosophiques, ou politiques, ou je ne sais pas encore.
En attendant, vos conseils sont les bienvenus pour corriger ce pot de lourdeurs XD

@Bill : bien joué pour les prédictions !
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /Nov /2007 19:26

Ini

Ini

Si ce sillon signe
Sans me supplier
La joie et les peines
Sur ma peau grisée,
En déambulant,
Diagrammes sanglants,
C'est que cet éther
Qui me sert d'esprit
Respire et périt,
Meurt et renaît sous
Le distrait sourire
D'une languissante
Fleur lascive et rousse.

Odes et poésies
Profitent de mon
Hélios. Déjà
Élue en pensées,
Lucie, lumineuse
Image amoureuse,
Anime mes desseins.
Par Manj - Publié dans : Petites poésies - Communauté : Au fil des mots
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Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /Nov /2007 21:26
    La nuit était tombée depuis quelques minutes sur les toits enneigés de ce petit village, près de Bordeaux. Les habitants s'affairaient, qui de mettre la table pour célébrer le maigre repas quotidien, qui de lire le journal, l'oeil triste, qui, enfin, d'écarter les enfants d'une discussion trop amère pour leurs candides oreilles. Mais, dans ce chaos d'intentions, tous les esprits s'accordèrent soudain et agirent d'un même geste. Ainsi les rideaux furent tirés, les lumières étouffées, et la vie, angoissée, s'en alla dans un soupir terrorisé. Car un bruit de botte venait de résonner dans la rue.
    Le silence, froid et engourdissant, fut d'abord dérangé, comme on jette une brindille dans une marre. Ce fut au début un martèlement feutré, presque inaudible. Mais les habitants étaient alertes, la terreur exacerbant l'ouïe des opprimés. Puis les bottes semelées de métal claquèrent le pavé avec plus de force, le son sembla fatalement se rapprocher et les villageois tremblèrent plus encore. Enfin, rien ne se passa. Rien ne troubla la misère par quelque événement tragique. Les bottes s'en allèrent, les habitants respirèrent à nouveau.

    Mais le bruit des bottes ne s'éloignait pas des pensées de John. Chaque soir quand il patrouillait dans les quartiers calmes du villages, cet implacable piétinement brisait en lui, une à une, ses convictions. John n'était pas un fanatique, ni un Partisan. Il n'était même plus certain d'être patriotique. Mais il patrouillait. Il sécurisait. Il avait eu jadis des Idées, des Principes, de ceux que l'on défend jusqu'à exhaler une dernière fois sur le pavé entre deux autres camarades. Et puis un jour les idéaux s'étaient assoupis, et la sécurité avait pris le pas sur tout. Les gens ne réfléchissaient plus, puisqu'on leur apportait la solution avant le problème. John était parmi les premières victimes, violemment détourné de la Lutte par la démagogie d'un premier dirigeant, puis d'un second. Quand il songeait à son passé, il se disait qu'il avait sûrement dû mourir quelque part, car rien ne l'y liait plus, sinon un corps, vieilli et asservi à une cause qui le dépassait.
    Quand ? Quand avait-il franchi la limite qui avait fait de lui un pion hideux du grand jeu de la peur ? Quand avait-il perdu cette étincelle qui animait si passionnément son intellect ? Il ne voyait qu'une réponse : tout s'était joué le jour où il avait cessé de croire. Et ce jour-là, tout le monde avait suivi le mouvement.
Par Manj - Publié dans : Psy-Chat Experience - Communauté : Au fil des mots
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Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 21:08
... Parce que des fois, quand même, il y a des questions qui empêchent de dormir.

    Depuis que j'ai quatre ans, j'ai souvent, le soir surtout, des interrogations sur la mort, et sur ce qui se passe, quand on meurt. Depuis, j'ai toujours eu la même vision angoissante, et à la fois incroyablement apaisante de la mort : l'espace. Pour moi la mort, c'était se retrouver dans le vide, avec strictement rien autour, seulement ces jolies images de l'espace, les nébuleuses rouges, pourpres, vertes... quelques étoiles ici et là, et puis rien. Plus de corps. Depuis mes cinq ans, j'essayais de penser "comme si je ne pensais plus". C'était un exercice assez éreintant, d'ailleurs, il s'en est suivi quelques rudes crises d'angoisse.

    Dans le fond, j'ai toujours eu du mal à accepter l'existence de, ou d'un dieu. La mythologie grecque est séduisante, mais c'est tout : des mythes. Pour Dieu, ce qui finalement, ouvrait une option rassurante, garantie par deux millénaires de barbarisme fanatique, le blocage s'est tout simplement situé à un niveau conceptuel : je n'arrivais, et je n'arrive toujours pas, à concevoir "Dieu". Je saisis très superficiellement l'idée, mais de là à l'incorporer véritablement... Tout un monde.

    Et, chose assez désespérante, ce n'est que depuis quelques mois que je commence à me forger quelques idées de l'après-vie. Il y a bien sur eu le concept de réincarnation, que je me suis approprié pour satisfaire ce désir assez dérangeant de vouloir être un chat... Berf (hop hop référence). Ensuite, il y a quelque chose qui m'a frappé. Peut être y a-t-il une explication toute logique, ou philosophique, qui m'échappe, mais il me paraît étrange que l'Homme vive, en prenant large, un siècle, et jouisse suite à son décès d'une vie spirituelle éternelle. Le rapport un siècle/éternité m'a semblé abusif, comme si l'Homme répugnait à sa vie terrestre, au point de se supprimer tout autre horizon.
    Non. Décidément, j'ai trouvé l'idée de post-vie éternelle trop extrême. J'ai donc porté ma réflexion sur l'inverse : le cycle. Après tout, l'homme, plutôt que mis à l'épreuve pendant sa vie terrestre, pourrait très bien être en fait un voyageur. Chaque "mort" serait en fait le passage à une autre vie, où nous serions par exemple plus évolués, ou peut être mis à nouveau à l'épreuve mais sur un plan différent, bref... j'avais d'ailleurs une idée de roman amusante là dessus, mais qui nécessite un minimum de formation philosophique avant de me lancer.
    Toujours est-il que personnellement, mon sentiment premier est la mort de la conscience au décès. Mais cette optique est difficile à supporter, donc la "croyance", l'espoir que je vais développer, sera une optique "cyclique", le voyage... Je trouve ça assez séduisant comme idée. J'espère que ma formation philosophique me permettra de m'orienter avec plus de rigueur dans ces interrogations.

    Ma dernière idée, récente, part d'une conscience humaine commune. Après la mort, on serait comme regroupé, tous, autour de notre jolie petite planète. Les hommes qui participent le plus activement à la cause humaine, en bien ou en mal, seraient les plus grandis, une paire d'yeux immenses qui lorgneraient sur la terre. Les autres, plus insignifiants, seraient entassés autour. La terre deviendrait alors un spectacle. On regarderait la planète, l'humanité, évoluer après notre départ. Tout ça formerait une masse d'yeux gigantesques. Je ne sais pas si c'est réellement pertinent, mais après tout, je pense que le sujet est assez ouvert, néanmoins je trouve ça amusant de se dire que peut être le "Dieu" si largement médiatisé est en fait une masse grouillante de globes oculaires spirituels... Voila voila.

    Pas tellement de rigueur, pas tellement de littérature, bref, un article peu utile. Mais bon. Ça aura le mérite de coucher à l'écrit certaines pensées... Je vais maintenant me consacrer à autre chose. Voila !
Par Manj - Publié dans : Réflexions
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Manjmamin

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  • 01/01/1990
  • Paris
  • Jeune écrivain en herbe, spécialiste en prise de tête. L'écriture, ou comment devenir son propre psy !

Ecrire la peinture

       Peintre frustré. J'ai toujours voulu savoir peindre, peindre l'abstrait, peindre les pensées. Avec des couleurs vives, des fonds sombres, peindre des choses qui ne servent à rien et sans résultat esthétique. Juste peindre l'étrange et l'inexistant. Malheureusement, les pinceaux et moi, la peinture et moi, les toiles et moi, on a jamais été très conciliants dans nos rapports. Alors, me voila avec mes mots en guise de tube de peinture, et des allegories tordues pour l'étrange. L'écriture, ou comment peindre sans sa toile ni ses pinceaux. Appréciez-moi comme peintre et cherchez l'allegorie, cherchez la vôtre dans un déluge incohérent d'images convoquées, adoptez l'absurde au sein de votre raison, ou sabrez mes écrits avec aigreur.
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